Voyage au coeur des métaphores d’Internet share
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Voyage au coeur des métaphores d'Internet

28 août 2014

Dans un récent article de The Verge, Osh Dzieza revient sur les métaphores utilisées pour décrire Internet. Du voyage dans l’espace au champ lexical de la navigation, en passant par celui de l’agglomération, le journaliste retrace l’histoire des représentations du réseau des réseaux, et identifie les plus résistantes au temps et aux usages. 

C’est en s’attardant sur la Web Surfing Competition, dont les participants doivent se rendre d’un point A à un point B du web le plus rapidement possible en n’utilisant qu’une souris à 1 clic, qu’Osh Dzieza s’est penché sur la question. Alors qu’il observait les participants dans leur course, l’expression « surfer » lui sembla dépassée, comme « (…) un véritable artefact venu d’une époque si particulière de l’Internet du milieu des années 90. »

Des métaphores pour figurer ce qui n’a pas de forme

Mais alors, pourquoi un tel recours aux images pour se figurer Internet ? Pour Judith Donath, qui étudie la conception d’interface au Berkman Center, département de l’Université de Harvard spécialisé dans Internet et la société :

« L’information est plutôt informe, donc presque tout ce que nous faisons en ligne, nous le faisons au travers d’une série de métaphores. Et parce que l’information n’a pas de formeles métaphores que nous utilisons pour décrire Internet sont particulièrement puissantes. Elles permettent de lui donner une apparence, et ainsi de dire aux gens comment un service doit être utilisé. »

Pour Osh Dzieza, ces représentations ne sont pas anodines et intègrent implicitement dans chacune d’elle, une vision sur ce qu’Internet devrait être.

La notion de « cyberespace » par exemple, qui file la métaphore spatiale, a été popularisée par William Gibson en 1984 dans son ouvrage Neuromancien. Aller sur Internet signifiait alors se connecter à une autre dimension et quitter son corps physique pour un avatar. Cet espace était alors figuré comme un univers complètement utopique.

Le « cyberespace » s’est donc imposé comme le terme consacré choisi par les libertaires et les sympathisants de la contre-culture des débuts d’Internet. Les médias se sont ensuite saisis de cette image pour décrire Internet comme un espace étrange où la cybercriminalité et de cybersexe dominent.

Rationnaliser la Toile 

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le « cyberespace », qui résonne toujours comme un espace anarchique, reste une image qui revient seulement lorsque la sécurité sur Internet est évoquée. Les gouvernements sont d’ailleurs encore très friands de la métaphore. Mais comment alors sécuriser les esprits et « rationnaliser la Toile » ?

C’est Al Gore qui a proposé une version plus édulcorée avec l’expression « autoroutes informationnelles » qui s’attache à décrire les infrastructures. L’objectif : montrer Internet comme un espace géographique facilitant le commerce et non un « far west » politique aux frontières anarchiques. Dès lors, le message à faire passer auprès du grand public est celui de la conquête et du développement des frontières.

Et la métaphore a des implications politiques, raconte Peter Lyman, spécialiste des sciences de l’information. Si Internet est une autoroute, alors le gouvernement doit réguler ce que font les gens dessus. L’image de l’autoroute est aussi employée pour passer de la propriété privée au marché, impliquant alors que « les autoroutes de l’information » sont faites pour se déplacer et vendre de l’information.

Aujourd’hui, ce même terme a encore évolué : nous le comprenons principalement comme le symbole de la propriété intellectuelle, où l’on ne peut copier librement ni distribuer les données.

Désormais, les « voies rapides », « voies lentes » ou encore les « péages » se sont imposés comme le langage par défaut des défenseurs de « la neutralité de net ». Ce qui commença par la métaphore de la régulation et des marchés, fini ainsi par être le symbole de la liberté.

Pour voir la timeline et en savoir plus, c’est ici dans The Verge.

 

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